LE CARNET DE VOYAGE DE Mme BARTHE
Marche
des vivants 02 /06 Mai 2005
Départ de l’aéroport de Toulouse Blagnac le Lundi 02 Mai à 17H10.
Arrivée à Varsovie à 19heures. Rencontre des deux guides, Justina, étudiante polonaise, Amélie, Juive vivant à Jérusalem, Tarek, le chauffeur, Yarek, l’agent de sécurité, très vite surnommé « bodyguard ». Repas pris au Novotel de Varsovie à 20h30 puis départ pour Cracovie, ancienne capitale de Pologne. Arrivée tardive à l’hôtel.
Mardi 03 Mai 2005
Visite du site de Plashow . Camp de concentration, sous le commandement d’Amon Goeth, SS particulièrement cruel. En 1943/44 il donnera l’ordre de tout détruire afin de ne laisser aucune trace du camp. Aujourd’hui, le site est vide ; seul un monument à la mémoire des déportés précise l’existence du camp. Il a été érigé après la guerre. En Novembre 1942, le camp comptait 2 000 personnes, en 1943 il y en aura 25 000 et 8 000 y périront. Au cours de la visite, récit du «pipel », enfant serviteur du commandant SS Amon Goeth, qui n’avait que 10 ans quand il a quitté le camp où il est resté deux ans. Mort en 2004, il a raconté qu’il a enterré un trésor à l’intérieur du camp. On n’a rien retrouvé de ces objets qui pour l’enfant représentaient sans doute beaucoup.
Visite du ghetto de Cracovie, quartier Kasimirtz, (du nom du roi qui avait accueilli les juifs).Visite d’une ancienne synagogue du RAMA. Histoire de Rabbi Moshi , 1er rabbin qui ait résumé sur papier les lois juives. Comme en Israël, un autre rabbin s’était lancé dans la même entreprise Rabbi Moshi décida de brûler son manuscrit (il était impossible que les ouvrages coexistent, les coutumes différant d’un pays à l’autre) et de reprendre l’ouvrage en question pour l’adapter aux coutumes polonaises.
Visite du cimetière juif attenant à la synagogue, présence de pierres tombales datant de 400ans. Certaines ont été rapportées des lieux où elles avaient été remployées après destruction et utilisées pour parer le mur d’enceinte. Dans la tradition juive, on dépose des pierres sur les tombes, symbole d’éternité. On prononce la prière des morts (le Kaddish) en présence de 10 hommes au moins. La symbolique des pictogrammes sur les tombes : exemple, la bougie évoque la femme qui allume les bougies pour le shabbat, l’arbre coupé évoque la mort d’un jeune homme…
Histoire de Yosélé (Joseph en Yiddish) : réputation d’homme riche peu enclin à faire la charité, quand il était sollicité, le vendredi, par les pauvres. Pour son enterrement son fils décide de le faire enterrer à côté du cimetière. Le rabbin, constate que les besoins des pauvres sont plus importants après la mort de Yosélé. Il interroge les pauvres qui lui avouent qu’une heure avant le shabbat, ils trouvaient toujours de la nourriture devant leur porte. En fait , c’est Yosélé qui, dans la discrétion, faisait la charité. Le rabbin va alors demander pardon à celui qu’il considérait comme l’avare et qui va devenir le Saint (le Kaddosh en hébreu). Le rabbin a demandé à être enterré à côté de Yosélé dans ce coin reculé du cimetière. Aujourd’hui les juifs vont se recueillir sur la tombe de Yosélé et formulent des vœux sur des petits papiers qu’ils y déposent. Yosélé appartient à cette catégorie des Hassidiques (juifs polonais joyeux.. On dit aussi qu’un rabbin du nom de Rabbi Chlemok karnibar, rapportant l’histoire de Yosélé lors d’un rassemblement interreligieux aux Etats-Unis, a rencontré un prêtre polonais qui, très ému, lui révéla qu’il venait tout juste de perdre sa mère. Elle lui avait avoué sur son lit de mort qu’elle était juive, secret jalousement gardé depuis la guerre. Alors qu’elle n’avait que 5 ans, elle avait été recueillie par une famille polonaise qui lui avait fait jurer de n’en rien dire par sécurité. Ce prêtre, du nom de Joseph, était en fait l’arrière petit fils de Yosélé, enterré à Cracovie. Cette histoire se raconte et se transmet de génération en génération comme toutes les histoires juives.
Visite d’une synagogue : « le Tempel », synagogue réformée, composée de différents courants (orthodoxe, chrétien). Quand le rabbin s’adresse à la communauté, il le fait en polonais. Aujourd’hui, musée, elle ne fait plus office de synagogue.
Visite
de l’usine de Schindler
Possibilité de prendre des photos de l’extérieur seulement. Schindler appartient à la communauté des Justes (ceux qui ont aidé ou sauvé des juifs pendant la guerre). De même le pharmacien du ghetto de Cracovie (cf. la liste de Schindler), Pankiewitz, non juif. Sa pharmacie fut un lieu de résistance Aujourd’hui, elle est devenue un musée.
Départ pour Kazimierz, petite station balnéaire au bord de la Vistule. Découverte libre de la ville. Repas pris en commun, jeu interactif pour préparer la journée de Mercredi, rappels historiques, coucher.
Mercredi 04 05 2005
Départ au petit matin pour Madjanek, camp de concentration et d’extermination, près de Lublin. Evocation de l’histoire de Helena Berenbaun (« L’ Espoir ne meurt jamais » SB COM, édition histoire) où elle raconte sa déportation au camp de Madjanek avec sa mère. Visite du camp qui jouxte la ville : chambres à gaz ; baraquements où s’entassaient 500 à 800 personnes ; « le kanada » endroit du camp où on stockait le matériel récupéré, les objets de valeur, terme codé pour évoquer le lieu, en référence au Canada considéré comme l’eldorado ; baraquement devenu musée où sont centralisés photos de victimes de la Shoah, objets, lettres, papiers, étoile juive, vêtement du déporté..; baraquement où se trouvent les chaussures des déportés, leurs cheveux… ; la colline de cendres, où a été érigée une immense urne, surmontée d’un dôme non loin des fours crématoires. Là reposent les cendres de tous ceux qui sont morts dans le camp. Après un long moment de recueillement, et un grand moment d’émotion partagée quand Amélie a entonné l’hymne israélien, nous remontons dans le bus en silence, direction Varsovie.
Arrivée à Varsovie en fin d’après midi, au Novotel où nous nous retrouvons pour un échange sur le vécu de la journée et un repas avec d’autres groupes, avant de nous rendre sur les lieux du ghetto dont il ne reste plus qu’un pan de mur. Evocation par Amélie, de l’historique du ghetto..(où l’on concentrait tous les juifs de la ville. Il était constitué d’un conseil juif, « le judenrat » avec obligation imposée par le gouverneur général de porter des brassards et de se soumettre au travail obligatoire). Le chef du camp s’appelait Czerniakow. Le 12 Mars 1940 le judenrat reçut l’instruction de construire un mur entourant le quartier juif. Le mur, haut de trois mètres et long de 18 km enfermait au début 128 000 habitants puis la population est passée à 146 000, soit en moyenne 8 personnes par pièce habitable ! Le 22 juillet 1942 commença au ghetto de Varsovie une déportation massive, appelée « grande action », qui verra le transfert d’environ 265 000 juifs du ghetto au camp d’extermination de Treblinka (exemple type de l’horreur du génocide, réalisé à l’échelle industrielle : 265000 juifs du ghetto exterminés là en deux mois, 100 morts par jour et par m2 dans chacune des trois chambres à gaz du camp). Une résistance armée finit par émerger entre le 1 et le 22 Janvier 1943.
Premières résistances armées appelées « Actions de janvier » menées par l’Organisation Juive de Combat. Cette résistance armée avait à sa tête ANIELEWITZ, héros de l’insurrection du ghetto de Varsovie. Après l’échec de l’insurrection, une partie de la population fut transférée et liquidée à Treblinka, camp d’extermination, mais la majorité fut déportée dans le camp de travail de Majdanek-Trawniki, où ils furent tués en masse en Novembre 1943. Une cérémonie commémorative se tenait le soir même, sur une place de Varsovie en présence d’anciens déportés, des autorités locales, des organisateurs de la Marche des vivants, des groupes venus des quatre coins du monde. Merveilleuse rencontre, ce soir là d’une américaine, ancienne déportée de Majdanek, venue tout spécialement de New York, Rachel Chukroon ; Retour à l’hôtel.
Jeudi 05 05 2005
Départ pour Auschwitz par le train. Nous nous rendons à la gare de Varsovie où nous rejoignons des groupes de jeunes, ou moins jeunes, qui se retrouvent pour partager, dans le recueillement, cette marche des vivants qui ne rassemble pas moins de 20 000 personnes, issues de 60 pays différents.
Arrivée à Auschwitz en fin de matinée. Nous nous rendons, à pied, à Auschwitz I. Là, la foule se fait de plus en plus dense. Visite du camp, dont nous découvrons la porte d’entrée principale, avec son inscription « Arbeit macht frei » (le travail rend libre). Une double rangée de fils de fer barbelés électrifiés encercle tout le camp. L’affluence est telle qu’il est difficile de tout voir. Après une pause de quelques minutes, nous nous mêlons aux délégations qui se dirigent vers Auschwitz-Birkenau. Au milieu d’une marée humaine, nous suivons le cortège, constitué des différents représentants ; des drapeaux israéliens côtoient les bannières de toutes nations.
En approchant du camp de Birkenau, le silence est entrecoupé par l’énumération des noms de tous les déportés morts à Auschwitz ; le vent porte la voix très loin ; le long ruban de la marche s’étire sur la route qui mène à Auschwitz II. On aperçoit la clôture barbelée et la tour de garde SS. On découvre les miradors en bois qui servaient à l’observation et au maintien de l’ordre dans le camp. A l’entrée, où se trouve le poste de garde principal des SS, la « porte de la mort » par laquelle les wagons à bestiaux, chargés d’hommes, de femmes et d’enfants entraient dans le camp. On retrouve les rails, fragment de la rampe ferroviaire à laquelle Ginette Kolinka a travaillé. On circule sur le chemin qui mène aux blocs d’habitation des prisonniers, baraques en bois remplies de châlits à trois niveaux où ces derniers s’entassaient. Au moment de quitter le camp, en Janvier 1945, les nazis essayèrent d’effacer les traces de leur génocide. La chambre à gaz et le crématorium encore en service ont été en partie détruits.
Chacun, à sa guise, dépose une petite affichette de bois, où figure le nom d’un déporté mort à Auschwitz. Après la commémoration, les interventions du Ministre Sharon, d’Elie Wiesel, et autres personnalités, les magnifiques chants du kaddish et l’hymne national israélien, retour à la gare d’Auschwitz, où nous laissons Amélie qui s’apprête à regagner Jérusalem. Adieux et remerciements du groupe à notre jeune guide qui, avec ferveur, nous a fait partager son émotion et ses connaissances nombreuses sur la question de la Shoah. Départ pour Varsovie vers 20heures 30, arrivée vers minuit. Retour à l’hôtel.
Vendredi 06 05 2005
Départ en début de matinée pour Varsovie. Découverte de la ville, capitale de Pologne, avec Justina. Visite de l’orphelinat « Don Sierot », créé par JANUSC KORCZAK (1878-1942), de son vrai nom Henri Goldschmitz, médecin, pédagogue, déporté à Treblinka avec tous ses « enfants » le 5 Août 1942. Visite du cimetière juif de Varsovie. Découverte de la tombe de ZAMENHOF, inventeur de l’esperanto, Adam CZERNIAKOW, chef du ghetto de Varsovie, monument à la mémoire de KORCZAK.
Découverte du Palais du Belvédère, résidence des anciens présidents de la République, le parc de Lazinka, immense espace de verdure où l’on peut apercevoir le buste de Chopin. Plans d’eau, où évoluent des cygnes, gradins autour desquels l’été des concerts sont donnés.
Découverte de l’église où repose le cœur de Chopin. Quartier libre vers14 heures, dans la vieille ville. Départ pour l’aéroport vers 16heures. Adieux à notre chauffeur, à notre agent de la sécurité et à Justina. Décollage pour Orly vers 18 heures. Arrivée à Paris où nous attend un bus. En route pour Auch où nous arrivons vers 7 heures le Samedi matin, riches d’une expérience qui restera inoubliable.