Stéphane Mur
UNE AUTRE VISION DE L'EDUCATION

A Saint Christophe, nous avons comme principe de recevoir chaque postulant à l’inscription lors d’un entretien personnalisé en présence de sa famille.

Le but recherché est de comprendre les besoins exprimés et de voir en quoi ce que nous proposons peut y répondre.

Pourquoi l’internat, Pourquoi Saint Christophe ?

Chaque jeune, chaque famille possède des attentes propres. Il nous faut prendre en compte l’unicité de chaque jeune, sa différence.

Quel est le contexte général ?

Les seuils à franchir de l’enfant à l’adulte,

Petit à petit, en particulier à la fin de l’enfance, le cheminement vers l’individualité, la construction de la personnalité prend une ampleur subite. C’est le long processus vers l’autonomie du petit Homme. Cette autonomie se fait par un détachement d’une hétéronomie (règles imposées par d’autres).

Contrairement, à ce que l’on pourrait imaginer d’emblée, la puberté n’est pas nécessairement le seuil dans cette phase, en particulier chez les filles. Les signes de l’adolescence peuvent se manifester plus tôt.

Si avant, on faisait « comme les grands », au franchissement de ce seuil, les jeunes se veulent « grands » (première demande pour dormir chez les copains, pour sortir seul,…). Les rites d’anniversaire deviennent plus présents et l’exigence de la présence des pairs (camarades ou potes) plus forte.

Malheureusement, les rites de passage qui accompagnaient cette période se perdent. Petit à petit, s’installe une phase liminaire de plus en plus longue que l’on appelle l’adolescence. A 12-13 ans, nos grands parents travaillaient et se gagnaient leur autonomie. Le service militaire avec le mariage clôturaient cette période d’adolescence qui aujourd’hui s’étire en longueur.

La crise ou le brouillage des repères

Dans nos sociétés à l’individualisme croissant, nos jeunes sont confrontées à une déritualisation qui les conduit à un vide existentiel. En effet, la vertu d’un rite est d’être un condensé de sens, « cela va sans dire » ou ce sont des « inter-dits ». On peut éprouver de la nostalgie, du regret face à ces évolutions. Mais la seule vrai question est de savoir comment aujourd’hui, nous adultes, adaptons nos réponses face à cette métamorphose.

Déritualisation, brouillage des repères et effacement des institutions sociales, sont l’expression d’une crise. Le communautarisme notamment entre jeunes prend la place.

A la place des rites institutionnels se mettent en place des rites de tribus (culture « jeune », vêtements, langage, postures …) où les régulations de la violence prennent des formes archaiques.

Si nous rajoutons à cette déritualisation, l’effacement du rôle des pères et le regroupement des familles autour des mères avec leurs difficultés à couper le cordon ombilical, il me semble que ces éléments sont parmi les causes qui expliqueraient l’éternisation de l’adolescence que l’on appelle adulescence, période d’indétermination et de crise existentielle. Aujourd’hui le culte de l’adolescent, de la volonté de « rester jeune » est dominant. Le délitement des rites institutionnels laisse la place à des logiques communautaires. Le jeunisme est une conséquence de la déresponsabilisation des adultes.

La connaissance comme ouverture aux autres et au monde

Si ces éléments qui expliquent la relation à l’Autre et au monde ne sont pas pris en considération, comment apprendre et comment éveiller à la co-naissance (naissance à la réalité en commun suivant le mot de Paul Valéry) ?

A La Salle Saint Christophe, nous développons l’idée de l’internat et en particulier celui porté par un projet éducatif fort, qui assure dans un lieu neutre et ritualisé, une distanciation d’avec le milieu familial pour mieux construire son autonomie. L’internat est un rite de passage, la nécessité de faire des choix et de s’inscrire dans un avenir porté par une passion d’espérance.

A La Salle Saint Christophe, nous inscrivons des jeunes qui le veulent mais aussi, nous nous engageons avec leur famille à assumer l’exigence de repères dont les jeunes ont un impérieux besoins pour conforter d’abord leur estime de soi et pour leur sécurité mentale. Un monde sans limite est un monde de fous. Plus un jeune a confiance en lui, plus il peut aller vers les autres. Estime de son unicité et recherche de l’altérité sont liés.

Un ordre symbolique pour donner du sens et lutter contre la banalisation (indifférentiation et relativisme)

L’apprentissage est essentiellement une transmission de symbolique et il ne peut se faire que par un ordre symbolique, où le réel est construit et où il donne à se voir par des symboles (chiffres, écriture, parole, représentations,…). Il faut lutter contre l’indifférenciation et le relativisme. Non tout ne se vaut pas, un SMS et un roman de Balzac, l’instantanéité et un long apprentissage. L’apprentissage requiert une valorisation différente. Le travail et l’engagement doivent être valorisés pour éviter que tout soit monétisable. L’éducation n’a pas de prix, elle a seulement un coût.

Il faut faire de la différenciation. La différence, la diversité créent le mouvement. In fine, cela contribue à éviter les différends.